Réponse rapide

Entre professionnels, le délai de paiement légal est de 30 jours après réception, ou 60 jours après facturation si le contrat le prévoit. Au-delà, des pénalités de retard s'appliquent automatiquement, plus une indemnité de 40 €. La DGCCRF peut infliger jusqu'à 2 millions d'euros d'amende.

Ce que montrent les chiffres de la DGCCRF

Les retards de paiement ne sont pas un phénomène marginal : ils touchent une part croissante des entreprises contrôlées chaque année, malgré un cadre légal précis en vigueur depuis 2008.

Part des entreprises contrôlées en anomalie sur les délais de paiement

2017
12 %
2018
25 %
2019
31 %
2020
31 %
2024
28 %
2025 (S1)
40 %

Source : DGCCRF, bilans annuels des contrôles de délais de paiement interprofessionnels (economie.gouv.fr) — voir la méthodologie en bas de page.

Cette hausse ne s'explique pas seulement par des contrôles plus nombreux : elle reflète aussi une législation précise, mais dont les points les plus techniques restent mal maîtrisés. Le tableau ci-dessous résume ce qui est dû, automatiquement, dès le lendemain de l'échéance.

SanctionBase légaleMontant / Taux
Pénalité de retardArt. L441-10, II C. comTaux contractuel, ou à défaut taux BCE + 10 points (12,40 % au 2ᵉ semestre 2026) ; plancher légal de 3x le taux d'intérêt légal (8,25 %)
Indemnité forfaitaire de recouvrementArt. D441-5 C. com40 € minimum, due de plein droit, par facture en retard
Amende administrative (DGCCRF)Art. L441-16 C. com75 000 € (personne physique) / 2 000 000 € (personne morale) ; doublé en cas de récidive sous 2 ans

Les taux de pénalité et d'intérêt légal sont révisés chaque semestre par arrêté ; les montants indiqués sont ceux en vigueur au second semestre 2026.

2 M€

amende maximale encourue par une entreprise (personne morale) pour non-respect des délais de paiement

47 M€

de sanctions prononcées par la DGCCRF sur le seul premier semestre 2025

40 €

indemnité forfaitaire due automatiquement à chaque facture payée en retard

Sources : Code de commerce (Légifrance) ; DGCCRF, bilans des contrôles 2024 et 2025 (economie.gouv.fr) — voir méthodologie.

Délais légaux, pénalités et sanctions : le guide complet

Un grand groupe client règle ses factures à 90 jours. Sur le papier, rien d'anormal : la relation dure depuis des années, personne n'a jamais formalisé de délai précis, et personne, côté PME sous-traitante, n'a osé remettre le sujet sur la table. Sauf que ces 90 jours sont illégaux depuis 2008, et que l'entreprise cliente s'expose, à elle seule, à une amende pouvant atteindre 2 millions d'euros.

C'est une situation banale : la loi sur les délais de paiement est l'une des plus anciennes du droit des affaires français, et pourtant l'une des moins bien appliquées.

30, 45 ou 60 jours : quel délai s'applique à votre contrat ?

L'article L441-10 du Code de commerce pose un principe simple, souvent mal interprété. Par défaut, sans accord contraire entre les parties, le délai de paiement ne peut dépasser 30 jours après la réception des marchandises ou l'exécution de la prestation.

Les parties peuvent convenir d'un délai plus long, mais dans deux limites strictes : 60 jours après la date d'émission de la facture, ou, par dérogation expressément prévue au contrat, 45 jours fin de mois. Au-delà, la clause est nulle, même signée par les deux parties en toute connaissance de cause : ces plafonds sont d'ordre public, on ne peut pas y déroger par simple accord des volontés.

Ce qui est dû automatiquement dès le lendemain de l'échéance

Contrairement à une idée répandue, il n'est pas nécessaire d'envoyer une mise en demeure pour faire courir les pénalités de retard : elles s'appliquent de plein droit, dès le jour suivant la date de paiement prévue au contrat ou à la facture.

Le taux de ces pénalités est en principe fixé librement dans les conditions générales de vente. À défaut de précision contractuelle, c'est le taux directeur de la Banque centrale européenne majoré de 10 points qui s'applique — soit 12,40 % au second semestre 2026. La loi impose un plancher : quel que soit le taux choisi, il ne peut être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal, soit 8,25 % sur la même période.

À ces pénalités s'ajoute une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros minimum, due elle aussi automatiquement, par facture en retard — sans qu'il soit besoin de la réclamer ni de justifier un préjudice.

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Jusqu'à 2 millions d'euros d'amende, et une publication sur la place publique

Au-delà des pénalités dues au créancier, le non-respect des délais de paiement expose à une sanction administrative distincte, prononcée par la DGCCRF sans passer par un juge : jusqu'à 75 000 euros pour une personne physique, 2 millions d'euros pour une personne morale. En cas de récidive dans les deux ans, ces plafonds doublent : 150 000 et 4 millions d'euros.

Depuis la loi PACTE de 2019, ces sanctions font systématiquement l'objet d'une publication : sur un support d'annonces légales, aux frais de l'entreprise sanctionnée, et sur le site de la DGCCRF elle-même, dans le mois suivant la notification et pour une durée pouvant atteindre douze mois selon la gravité du manquement. Le nom de l'entreprise devient public, avec le montant exact de l'amende.

Le montant lui-même n'est pas fixé au hasard : la DGCCRF le calcule principalement à partir du gain de trésorerie (« gain en BFR ») que l'entreprise a réalisé en retardant son paiement, soit le montant de la facture multiplié par le nombre de jours de retard, rapporté à la durée totale de la période contrôlée. Concrètement, plus le retard porte sur des montants élevés et se répète sur la durée, plus l'amende grimpe mécaniquement — ce qui explique pourquoi les sanctions les plus lourdes touchent des grands groupes aux volumes de facturation importants, plutôt que des retards isolés et modestes.

Des amendes bien réelles, y compris chez les plus grands groupes

Ce n'est pas une menace théorique. Sur les cinq premiers mois de 2024, la DGCCRF a contrôlé 248 entreprises et engagé 138 procédures de sanction pour un montant cumulé proche de 30 millions d'euros. Plusieurs amendes d'un montant significatif ont visé des groupes très identifiés : 2 000 000 € pour Renault, 1 860 000 € pour Meubles IKEA, 1 500 000 € pour ArcelorMittal, 1 300 000 € pour Eurodisney, 1 270 000 € pour HSBC Continental Europe.

Sur le seul premier semestre 2025, 409 entreprises ont été contrôlées et 228 procédures de sanction engagées, pour près de 47 millions d'euros. Thales Avionics a ainsi écopé d'une amende proche de 1,95 million d'euros, Dalkia d'environ 1,75 million. Le taux d'anomalie relevé cette année-là a atteint 39,7 % des entreprises contrôlées — en hausse quasi continue depuis 2017.

Des délais dérogatoires selon les secteurs

Certains secteurs, jugés plus sensibles à la trésorerie, bénéficient de délais spécifiques, généralement plus courts que le délai de droit commun. Le transport routier de marchandises est plafonné à 30 jours à compter de la date de facture, sans dérogation possible. C'est aussi l'un des secteurs où la DGCCRF constate le plus de manquements, souvent par méconnaissance de cette règle particulière plutôt que par mauvaise foi délibérée.

La coresponsabilité, un principe que tout le monde ignore

Un point technique change souvent l'issue d'un contrôle ou d'un contentieux : la loi impose une coresponsabilité en matière de facturation. Le vendeur doit délivrer sa facture, mais l'acheteur est tout autant tenu de la réclamer s'il ne l'a pas reçue, afin de pouvoir la régler avant échéance. Une entreprise qui n'a jamais réclamé une facture non reçue ne peut donc pas invoquer cette absence pour justifier son propre retard de paiement.

Concrètement : le silence n'est jamais une protection, ni pour celui qui doit facturer, ni pour celui qui doit payer.

Comment sécuriser vos contrats sur ce point

La difficulté, en pratique, n'est presque jamais la connaissance de la règle : c'est sa présence effective, et correcte, dans chaque contrat signé. Une clause de délai de paiement à 90 jours nets, glissée dans des conditions générales standardisées par un fournisseur ou un client, passe facilement inaperçue au milieu de dizaines d'autres clauses. C'est précisément le type d'anomalie qu'une relecture de contrat assistée par IA, comme celle proposée par Tallos, permet de repérer automatiquement avant la signature, plutôt que de la découvrir au moment d'un contrôle ou d'un contentieux de trésorerie.

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Revenons à cette PME payée depuis des années à 90 jours par un client plus puissant qu'elle. Le rapport de force explique le silence ; il n'excuse pas l'illégalité. La bonne nouvelle, c'est que la loi est de son côté — encore faut-il la connaître, et oser la faire valoir avant que la trésorerie ne cède la première.

Questions fréquentes

Quel est le délai de paiement légal entre professionnels en France ?

Sauf accord contraire, le délai de paiement entre professionnels ne peut dépasser 30 jours après la réception des marchandises ou l'exécution de la prestation (article L441-10 du Code de commerce). Les parties peuvent convenir d'un délai plus long, dans la limite de 60 jours après la date de facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément.

Peut-on convenir d'un délai de paiement de 90 jours ?

Non. Un délai de 90 jours dépasse les plafonds légaux (60 jours après facture, ou 45 jours fin de mois), qui sont d'ordre public. Une clause contractuelle prévoyant 90 jours est nulle, même signée par les deux parties, et expose l'entreprise cliente à une amende administrative pouvant atteindre 2 millions d'euros.

Les pénalités de retard sont-elles automatiques ?

Oui. Les pénalités de retard sont dues de plein droit dès le lendemain de la date de paiement prévue, sans qu'une mise en demeure soit nécessaire. Leur taux est fixé contractuellement, ou à défaut correspond au taux directeur de la BCE majoré de 10 points, avec un plancher légal de trois fois le taux d'intérêt légal.

Qu'est-ce que l'indemnité forfaitaire de 40 euros ?

C'est une somme minimale de 40 euros, due automatiquement par facture payée en retard, en plus des pénalités de retard, pour couvrir les frais de recouvrement du créancier (article D441-5 du Code de commerce). Elle n'a pas besoin d'être réclamée ni justifiée.

Quelles sanctions risque une entreprise qui ne respecte pas les délais de paiement ?

Une amende administrative prononcée par la DGCCRF : jusqu'à 75 000 € pour une personne physique et 2 000 000 € pour une personne morale, montants doublés en cas de récidive dans les deux ans. La sanction est en plus publiée, aux frais de l'entreprise, sur un support d'annonces légales et sur le site de la DGCCRF.

Qui contrôle le respect des délais de paiement en France ?

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) mène chaque année des contrôles, avec une attention particulière portée aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire vis-à-vis de leurs fournisseurs plus petits.

Existe-t-il des délais différents selon les secteurs d'activité ?

Oui, certains secteurs bénéficient de délais dérogatoires, généralement plus courts. Le transport routier de marchandises est ainsi plafonné à 30 jours à compter de la date de facture, sans possibilité de dérogation contractuelle, contrairement au délai de droit commun.

Que faire si un client ne respecte pas les délais de paiement ?

Faites valoir vos pénalités de retard et votre indemnité forfaitaire, qui sont dues automatiquement sans négociation possible. Si la situation persiste, un signalement à la DGCCRF est possible : les contrôles ciblent en priorité les grandes entreprises payant en retard leurs fournisseurs plus petits, exactement le rapport de force le plus fréquent dans ces situations.

Méthodologie et sources

Les données chiffrées de cet article proviennent des bilans de contrôle publiés chaque année par la DGCCRF, ainsi que du texte du Code de commerce en vigueur. Nous avons privilégié les chiffres officiels et les montants d'amendes nommément publiés plutôt que des estimations agrégées.

Les taux de pénalité de retard et d'intérêt légal sont republiés par arrêté chaque semestre : les montants cités dans cet article sont ceux en vigueur au second semestre 2026. Nous mettons à jour cet article lorsque de nouveaux bilans DGCCRF sont publiés.

Dernière mise à jour de cet article : (publié le ).
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